On me l’avait dit [Récit du Marathon de Magog]

Ce matin, je ne réalise pas que je cours un marathon. Pas encore. En janvier, je cherchais un évènement pour compléter ma saison 2016, et m’étais inscrite sur un coup de tête au Marathon de Magog, ne connaissant pas sa réputation.

Il est 6h20. Greg et moi embarquons dans l’auto. Une petite heure et quart de route dans une obscurité complète nous attend. J’ai beau me le répéter sans cesse depuis que l’alarme s’est fait entendre, je ne réalise toujours pas que je m’apprête à courir un marathon. Dans l’auto, je m’égosille pour calmer mes nerfs. Chanter du Adele à tue-tête, c’est thérapeutique.

On arrive au stationnement vers 7h30, juste à temps pour attraper l’autobus qui emmène les coureurs vers le point de départ. Récupération du dossard, salutation des quelques visages que je reconnais dans la tente des coureurs, pause pipi-pré-course, départ dans 10 minutes. Initialement, Greg était sensé courir la dernière boucle de 21 km avec moi. Cependant, il a changé ses souliers récemment et n’a pas assez couru avec ceux-ci pour qu’il prenne le risque de se blesser en chemin. Changement de stratégie s’impose: il m’attendra 5 km avant l’arrivée, soit au 16e et au 37e et m’aidera à garder une belle vitesse. Car oui, le Marathon de Magog est une boucle de 21 kilomètres qu’on fait deux fois. Donc chaque côte, chaque segment que l’on déteste franchir, et bien, on y passe à deux reprises. Pour le meilleur et pour le pire.

Screen Shot 2016-10-31 at 9.36.33 AM.png
Le parcours…

8h40. Je rejoins les autres coureurs qui prennent le départ du marathon. Je suis dans ma bulle. Aujourd’hui, j’ai un objectif en tête: enfin compléter un marathon sous la barre des 4h. On m’avait toutefois mise en garde. Magog est très côteux lorsqu’on le compare aux autres courses sur route au Québec. Ça représenterait donc un très beau défi.

Avant même que je ne le réalise, le départ est donné. Vite! Partir la montre GPS à tout prix avant de franchir l’arche de départ. Fiou, tout est parfait. Je m’élance finalement. Même pas 200 mètres de parcourus et ça monte déjà. Et ça monte. Et ça monte. La pente se court très bien et j’essaie de trouver un rythme qui sera confortable, mais pas conservateur.

Tout se déroule à merveille. Au 6e kilo, on tourne sur le Chemin Bice, une pente assez prononcée. Je laisse la gravité agir, et dévale la côte à tout rompre. Toutefois, ce n’est pas tout le monde qui emprunte ma stratégie. Plusieurs coureurs se retiennent beaucoup et font de petits pas. Certains marchent! Non, non, marcher dans les montées, ça va. Mais dans les descentes? Bref. Je continue ma route sur une belle lancée. Je commence à assimiler le fait que je suis en train de courir un marathon. Tranquillement, cette idée fait son chemin.

On arrive dans une belle section de sentiers en poussière de roches, tortueuse et côteuse à souhait. Certaines montées me rappellent même les sentiers du Xtrail! Déterminée, je cours toutes les côtes, même si j’ai peur d’en payer le prix plus tard dans la course. Pas grave, j’assumerai et je ralentirai.

J’arrive au 16e. Greg est là, tout sourire. Il me demande si tout va bien. Je lui réponds j’ai mal à ma hanche droite. Pas assez pour arrêter, mais suffisamment pour que ça me dérange. Au 19e, il y a également la pancarte du 40e kilomètre. Je dis à Greg que j’ai hâte d’être rendue là. Le deuxième tour me pèse déjà, et je ne l’ai même pas entamé. On court dans un petit quartier résidentiel charmant, avec un faux plat descendant, jusqu’à ce qu’on tourne sur une rue qui marquera la séparation entre les coureurs du 42 et ceux du 21. Greg me laisse continuer.

0K6A2309.jpg
21e km. Crédits à Jocelyn Riendeau

J’entame ma deuxième boucle. Ouf. Ça ne me tente pas. Est-ce que je peux revenir sur mes pas et simplement faire le demi? J’ai mal à la hanche. Au 24e, je considère même m’arrêter à la prochaine station d’aide et demander d’être transportée au départ. J’en ai plein mon casque, comme dirait l’autre. Puis, la pensée d’un marathon sous les 4h revient me hanter. Et cette idée devient plus forte que tout le reste. Je continue donc. Chemin Bice, ça descend. J’ai deux options: préserver mes ongles d’orteil et atterir talon, ou préserver mes hanches et mes genous et atterir avant pied. Bon, RIP les ongles d’orteils. Merci pour tout! L’énergie revient et je garde une belle vitesse. Je cours les montées, ce qui me permet de gagner beaucoup de terrain. Je me permets le luxe de marcher en prenant ma nutrition. Ça m’évite de m’étouffer et ça m’accorde une petite pause de course que j’apprécie beaucoup.

À un certain moment, on entre dans une forêt de pins. C’est magnifique. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de pleurer. Ça m’en coupe le souffle. J’ai juste hâte d’arriver au 37e pour voir Greg. C’est ce à quoi je me raccroche continuellement. D’autres côtes. Je me hisse plus haut dans le classement. Je dépasse des coureurs sans cesse. Faut croire que la course en sentier m’a rendue un sacré service. Merci Mont Saint-Hilaire et Mont Saint-Bruno!

DCIM103GOPROG2460537.
Face d’une fille qui se sent comme de la merde mais qui essaie de le cacher!

37e, juste avant d’arriver à Greg, je décide de regarder le temps. Ça fait 3:23 que je cours. Il me reste 5 km à faire. Même si je vais à 6 minutes au kilomètre, je vais quand même faire un sub 4. Ça me donne un boost incroyable. Même si – on va se le dire dans les vrais termes, pas de cachotteries – je me sens comme de la merde. Greg n’en revient pas de me voir si tôt. Il me demande comment je vais. Je lui réponds que j’ai envie de vomir et de m’évanouir. En gros, tout va hyper bien. Il essaie de me motiver, on arrive bientôt dans le quartier résidentiel qui descend. Je lui demande de marcher un peu pour retrouver mes esprits. Je prends une gorgée d’eau, respire bien, et on repart. On arrive au 40e. Il me donne des petits objectifs. « On va y aller tranquillement, mais je veux que tu dépasses le monsieur en jaune ». Check. 41e. On tourne sur la dernière montée. Et j’éclate en sanglots. C’est la première fois que ça arrive. Je reprends rapidement mes esprits, et on continue de courir. Mais elle est longue cette fichue côte. En fin de parcours en plus!

On finit par finir, et on tourne sur l’ultime section du Marathon de Magog: une belle rue qui descend. Greg me dit « OK, la fille au chandail turquoise, go get her. » J’accélère. Je la dépasse. Plus qu’un petit virage et on voit l’arrivée. Il me dit « Sprint! ». Say no more.

Je fais aller mes jambes à tout rompre et je franchis la ligne d’arrivée. J’éclate en sanglots dans les bras de Greg. Je n’arrive pas à croire que j’ai réussi ce défi qui semblait infranchissable. Je me ressaisis, les bénévoles semblent touchés par l’émotion qui m’habite. Je regarde ma médaille, fière.

3h54. Un marathon sous les 4 heures.

On m’avait dit que ça serait difficile.

On m’avait dit que ça serait souffrant.

Mais on m’avait aussi dit que ça serait possible. Et c’est à cette parcelle de possibilité que je me suis raccrochée et en laquelle j’ai cru corps et âme pendant les 42 magnifiques kilomètres que j’ai parcourus au Marathon de Magog.

P.S. N’oubliez pas d’aller jeter un coup d’oeil à ma page Facebook si vous ne la suivez pas déjà. Je ne donne pas de conseils ou de trucs bien techniques, mais de la motivation et des belles photos, ça, j’en ai pour tout le monde! Par ici: Ces Mille Pas 🙂

Advertisements

5 réflexions sur “On me l’avait dit [Récit du Marathon de Magog]

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s